Partager l'article ! Hommage à Philippe Séguin : une grande voix s’est tue: La Semaine.fr Par Pierre Taribo "...A une époque où la pens ...
Blog
Maxéville, un nouvel Elan
Groupe Municipal de Gauche
Par Pierre Taribo
"...A une époque où la pensée politique ne grimpe guère plus haut qu’une taupinière, Philippe Séguin la hissait à une hauteur himalayesque. Une altitude trop élevée dont la recherche a fini par le conduire ailleurs. A la présidence de la Cour des comptes, d’où il pouvait assener avec force talent et conviction un certain nombre de vérités.
Lorsqu’il était député-maire d’Epinal, ministre, président de l’Assemblée nationale Philippe Séguin c’était les quarantièmes rugissants, rythmant son action quotidienne de colères volcaniques cachant derrière ses humeurs une sensibilité profonde, une originalité et un sens des valeurs contrastant avec la mauvaise soupe servie dans les arrières cuisines politiciennes.
Détestant les cirages de pompes, les sourires hypocrites, les calculs qui ôtent toute noblesse à la vie publique et les pièges manichéens qui coupent un pays en deux, il avait la stature d’un homme d’Etat qui est peut-être passé à côté de son destin.
Personnage providentiel en 1995
Pour Philippe Séguin le tournant se situe en 1995. Personnage providentiel de la chiraquie il prend une part déterminante dans la campagne présidentielle. Pour l’avoir vécu en direct on se souvient particulièrement de son discours prononcé au Zénith de Nancy. Revenu de nulle part, Jacques Chirac aborde la bataille – et notamment sa lutte fratricide contre Edouard Balladur – dans des conditions inimaginables quelques mois plutôt. Quittant sa défroque de looser moqué par toute la balladurie, le futur président endosse l’habit de favori. En meeting à Nancy il fait du Chirac, bête politique à l’aise au contact des foules. Du travail bien fait, des propos percutants, une réflexion bien conduite, des propositions mais l’ensemble ressemble à une brochure bien reliée mais sans enluminures. Celui qui va électriser l’auditoire, le porter vers l’espérance et donner aux idées la force de l’évidence, c’est Philippe Séguin roc et virtuose. La thématique de la fracture sociale, c’est lui. L’audace, le ton, le style de la campagne, c’est encore lui.
Pourtant ingrat ou craignant le caractère sourcilleux de Philippe Séguin, Jacques Chirac installe Alain Juppé à Matignon. Un choix dont Philippe Séguin ne se remettra jamais. Tout d’un bloc ce personnage doué, séducteur, charismatique et ombrageux à la fois s’éloigne alors progressivement de ce théâtre dont les acteurs le déçoivent, le lassent et l’agacent.
Dès lors la politique sur laquelle grâce à sa démarche avec les rénovateurs, son compagnonnage avec Charles Pasqua, son passage à la tête du RPR ou le débat avec François Mitterrand avant le référendum sur le traité de Maastricht il a posé son empreinte, lui paraît lointaine et dérisoire.
Epinal comme laboratoire
Mais impossible d’évoquer le parcours de Philippe Séguin sans parler de la trace qu’il a laissé à Epinal. Sous sa direction le chef lieu des Vosges s’est réveillé. Epinal devient la ville la plus fleurie et la plus sportive de France. Une cité qu’il transforme en laboratoire d’aménagement du temps scolaire de l’enfant, qu’il embellit, transforme et fait rayonner. Il gérera Epinal jusqu’au premier novembre 1997 où il met brusquement fin à ses fonctions. Comme si l’exaltation du travail de proximité l’avait quitté. Ses adversaires lui reprochent alors de laisser une ardoise, conséquence d’aménagements coûteux qui pèseront par la suite sur les impôts locaux. Mais tous à cette époque partisans farouches ou opposants déterminés, se sentent orphelins.
Nous n’avons jamais été les thuriféraires d’un homme qui avait la dimension pour servir l’Etat au plus haut niveau mais nous aimions sa manière de faire de la politique, nous apprécions ses airs de mousquetaire à l’aise dans l’assaut frontal, grand manieur d’idées et pourfendeurs des technocrates, homme de cœur et de tolérance. Nos rapports étaient empreints d’estime et de respect mais ils étaient toujours restés du style chacun chez soi et nous en porterons mieux. Aujourd’hui qu’il nous faut parler de lui au passé, nous éprouvons une sensation de vide et de tristesse. Une grande voix s’est tue. Elle manquera à la France...."
Commentaires