Partager l'article ! Dossier de la semaine : L’Ecole publique en danger.....: Le livre de référence Main basse sur l’Ecole publique, Eddy K ...
Le livre de référence
Main basse sur l’Ecole publique, Eddy KHALDI et Muriel FITOUSSI. Editions DEMOPOLIS, juillet 2008.
Les auteurs
Eddy KHALDI, enseignant, a publié de nombreux articles sur la laïcité et l’enseignement, sujets sur lesquels il travaille depuis 25 ans.
Muriel Fitoussi, journaliste, a mené des enquêtes pour Libération, le Canard enchaîné, Paris Obs…
« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ». Cet extrait du discours de Nicolas Sarkozy, à Rome, en décembre 2007, résume, à lui seul, la rupture opérée avec la pratique laïque des Présidents de la Ve République.
En effet, le Président de la République est dépositaire de la laïcité, fondement de notre Constitution et gardien de l’une des plus précieuses de nos institutions : l’école de tous les français, gratuite, laïque et obligatoire, garante des valeurs humanistes dont l’Etat républicain se réclame.
Pour les auteurs, non seulement la laïcité est remise en question au plus haut sommet de l’Etat mais ils révèlent que, depuis plus de 15 ans, des groupements (dont certains proches du FN, du Club de l’Horloge et même de…l’Opus Dei) s’agitent en catimini. Leur but ultime : démanteler l’Education nationale.
Le livre détaille la démarche qui consiste à dénigrer l’Ecole publique, à imposer des réformes à la hussarde et à proposer, comme recours, les diverses écoles privées.
Aujourd’hui, la critique légitime adressée à une école qui, en prise directe avec les maux et la violence de la société, peine à atteindre ses nobles idéaux, tourne au lynchage. L’école publique serait une « fabrique de crétins » accusée d’entretenir le chaos pédagogique, l’insécurité et le chômage, un « mammouth » figé dans l’immobilisme, coûteux, ingérable…
Nicolas Sarkozy, depuis son entrée à l’Elysée, en fait une cible de premier choix, au sein du vaste programme qui est celui de son gouvernement : le démantèlement du secteur public.
Le Président impose une véritable réforme libérale dans l’Education nationale : suppression
de
la carte scolaire, nouveaux programmes du primaire puis du second degré, 11
200 postes supprimés en 2008 et 13 500 en 2009, service minimum, suppression des IUFM, des réseaux d’aide, dérogation à la mixité, partenariats publics privés…
L’école privée, bien que porteuse de ségrégation sociale, est en passe de devenir le nouvel eldorado de familles séduites par les slogans des marchands d’école.
L’ouvrage se propose de faire la lumière sur l’alliance des libéraux, défenseurs d’une école marchande et des traditionalistes rêvant de voir les Eglises retrouver le monopole de la formation en France.
Il précise les stratégies de l’enseignement catholique, 95 % de l’enseignement privé, qui se construit une contre-image, aussi idyllique que l’Education nationale est diminuée et diabolisée et il détaille les nouvelles modalités de financements qui donnent à celui-ci une marge de manœuvre, lui permettant de choisir ses implantations, ses sections…
Les auteurs s’interrogent aussi sur le concept de « caractère propre » et l’usage qui en est fait.
Pour eux, le maintien d’un service public laïque d’éducation est seul à même de garantir le respect de la liberté de conscience des plus jeunes, cette capacité de choisir et de juger par eux-mêmes, sans se voir imposer des vérités toutes faites.
Dans sa partie centrale, le livre énumère les principales lois scolaires concernant le financement des écoles
privées, depuis 1850 et la loi Falloux. Il détaille longuement les différentes péripéties survenues, dans ce domaine, durant la période récente, de 1970 à nos jours. Il insiste, notamment, sur
l’échec, en 1984, du projet de « grand service public unifié et laïque de l’Education nationale », sur les accords Lang/Cloupet, véritable concordat scolaire concédé à l’enseignement
catholique, et sur la grande manifestation du 16 janvier 1994, qui a fait renoncer la droite au pouvoir à ses velléités de révision de la loi Falloux.
Histoire ancienne direz-vous mais, comme l’écrivait récemment Philippe Meirieu, spécialiste en sciences de l’éducation : «La guerre scolaire ce n’est pas de l’histoire ancienne, elle se déroule aujourd’hui sous nos yeux ».
Le constat de la crise de l’Ecole est loin d’être une nouveauté et certains spécialistes stigmatisent cette tendance à commenter sans cesse l’état de l’école. Néanmoins, il n’est pas question d’occulter ni de réduire les problèmes qui agitent l’école. L’avenir de notre pays se fonde sur la qualité de cet enseignement et de l’investissement qu’il consacre à ce maillon essentiel de notre cohésion sociale.
En conclusion, les auteurs rappellent que ce livre a pour objet d’alimenter un débat essentiel pour la société et son devenir, d’engager tous les citoyens à s’en saisir et particulièrement les parents d’élèves, les enseignants et les éducateurs, pour préserver le vivre ensemble, « caractère propre » d’une école publique laïque, réellement ouverte à toutes et à tous.
Commentaires