Jeudi 17 septembre 2009 4 17 /09 /Sep /2009 13:02

null Il est bon par moment de regarder ce qu’il se passe ailleurs. Nous avons dénoncé sur Maxéville le fonctionnement des commissions de quartier. En effet ces commissions de quartier ne sont qu’un alibi démocratique, car sans influence, sans calendrier et sans objectifs.

 

Regard aujourd’hui sur Vandoeuvre. Interview de Manu Donati par Noël Nel.

 

Manu Donati a en charge à la municipalité de Vandoeuvre la démocratie participative de quartiers. Vandoeuvre est la deuxième ville du département, elle a mis en place un dispositif impressionnant pour favoriser la participation des habitants : 10 Conseils de quartiers régis par une Charte et fonctionnant au quotidien avec des Comités de pilotage, des Ateliers–Terrain ; mais aussi un Conseil des associations et des Ateliers thématiques. Une voie à suivre !

 

 

 

Noël Nel : Parlons d’abord des Conseils de quartiers. Qu’est-ce qui a présidé au découpage de la ville en quartiers ? Quelle conception du quartier y a présidé ?

 

Manu Donati : La ville de Vandoeuvre est divisée en 3 territoires – Centre, Ouest et Est - couvrant 10 Conseils de quartiers. Cela répond à une logique : on a d’abord la partie centrale, qui est la zone urbaine sensible, et qui s’impose comme une évidence ; deuxièmement, on a tout ce qui est   lotissement ancien à proximité de Nancy, qui date des années 1930 ;  et troisièmement, on a  le lotissement plus récent, qui borde les coteaux, qui a été construit entre 1930 et maintenant. Voilà la logique géographique.

Après, il fallait avoir des entités plus petites, ayant une certaine cohérence. On a globalement divisé chacun des grands territoires en 3 parties, à peu près homogènes en nombre d’habitants  (c’est aussi quelque chose d’important) et qui se retrouvaient en unités géographiques, pour que les habitants puissent se dire « on est bien de ce coin-là ! ».

Sur Vandoeuvre, si on avait vraiment respecté l’esprit de quartier, on aurait eu 20, 25 à 30 quartiers. C’etait alors trop, on ne pouvait plus gérer !

Autre chose : il faut un nombre minimal de personnes habitant le même lieu, pour qu’on se retrouve avec des quartiers suffisamment dynamiques. En moyenne, quand vous invitez tous les habitants d’un quartier, par foyer le nombre de personnes répondant se situe entre 5 et 10%. Donc on peut estimer tout de suite sur une zone le nombre de personnes qu’il faut. Pour qu’un conseil de quartier ait un sens, il faut qu’il ait entre 50 et 100 personnes. Dans ce nombre, il faut que vous ayez le vivier des personnes dynamiques, plus actives, qui repose sur une vingtaine de personnes qui vont servir de relais pour l’organisation  des conseils pléniers.

 

Donc, nous avons fait reposer le tout sur cette logique. Mais on a laissé une certaine souplesse au système. Au départ, on est parti sur 11 conseils. Maintenant, il n’y en a plus que 10, le Vélodrome, cela va fonctionner autrement, les habitants ayant d’autres idées.

 

Sur l’ensemble de nos quartiers, on a eu 2000 participants au total. On a maintenant formé nos Comités de pilotage, qui comptent 200 personnes inscrites. Chaque quartier a un Comité de pilotage de quartier, fondé sur la base du volontariat. Il a pour rôle de piloter les Ateliers – terrain qui sont pilotés par le Comité de pilotage,  et de préparer l’ordre du jour du Conseil de quartier.

 

Vous en êtes actuellement à combien de réunions, dans l’ensemble de la machine de travail mise en place?

 

Sont membres des Conseils de quartiers : tout le monde ! Les habitants, les associations, les commerçants, toute personne intéressée habitant le quartier et venant quand elle le souhaite. C’est le principe même du dispositif : pas de sélection, pas de tirage au sort ou autre chose !

 

On a fait une première lancée qui était sur le mode des questions – réponses habituelles, lorsqu’un maire rencontre sa population. Après on réunit le Conseil de quartier lorsque le Comité de pilotage le souhaite, c’est-à-dire lorsque le Comité de pilotage considère qu’il a suffisamment d’informations. Il y a une réunion du Conseil de pilotage tous les 6 mois à peu près. Le Comité de pilotage crée des Ateliers, dont le nombre et la nature sont fonction des quartiers. Des quartiers d’immeubles auront par exemple un Atelier Social dominant.  Des quartiers pavillonnaires, par exemple, auront un Atelier Voirie dominant. Dans une zone où il y a des désordres, du bruit, on aura un Atelier Prévention. Des quartiers un peu grands auront un Atelier correspondant plus à une unité géographique ou à la spécificité de chaque bout de quartier.

Les Ateliers sont composés de gens  du Comité de pilotage. On va sur le terrain, on y va avec les fonctionnaires de la ville, on fait jouer la proximité et on remonte un certain nombre de problèmes. On a enregistré ainsi 150 demandes. En mairie, tous les 15 jours, nous réunissons l’ensemble des élus et des techniciens concernés dans une coordination. Et chaque 15 jours, on fait le point. On distingue parmi les  problèmes ceux qui sont légers - un nid de poule, une barrière à déplacer, des cailloux à mettre pour empêcher un Quad de passer, etc -   c’est résolu sous une semaine ou une quinzaine. Et puis, il y a les demandes plus profondes, du genre « apaiser la rue du Beaujolais ». Nous avons une démarche politique municipale, qui est de dire : on souhaite étendre les « zones 30 » ; pour cela, il faut l’accord de la population. Si l’Atelier est demandeur, si le Comité de pilotage soutient la demande, alors on réunit l’ensemble des gens du quartier, soit le Conseil de quartier complet ou le Comité limité aux rues concernées. On leur fait une séance « zone 30 ». Et les gens décident.

 

Nous travaillons dans l’esprit de la démocratie participative. Cela veut dire : nous élus, ce n’est pas parce que nous sommes issus de la démocratie représentative et du suffrage universel que nous sommes devenu compétents sur tout, pour décider du type de goudron à mettre sur la route, etc. Ces questions relèvent de la compétence des techniciens. Notre rôle à nous, c’est d’être avant tout médiateurs entre les demandes de la population et les possibilités techniques et financières. Quant à la population, nous souhaitons qu’elle ne soit pas seulement consommatrice, mais actrice de son propre avenir.

 

La population a donc demandé l’apaisement de la rue du Beaujolais.  Nous ne sommes  pas venus avec un projet tout ficelé. Nous sommes venus avec 3 projets répondant à une enveloppe financière, en accord avec la Communauté urbaine ; chaque projet proposait d’apaiser la circulation, mais de façon différente. Là, les gens se sont exprimés, après il y a eu vote, ils ont fait un choix pour l’un des projets. Ensuite, nous sommes allés sur le terrain, nous nous sommes arrêtés à chaque entrée de garage, à chaque ruelle, et nous avons étudié les conséquences du choix fait. Nous avons alors affiné le tir. Après arrive le temps des techniciens et, lorsque la route va se faire, il y aura ce qu’on appelle une validation – terrain, c’est-à-dire un suivi de terrain, y compris par les habitants. Voilà la démarche qui a été mise en route !

 

Il faut ajouter que, dans certains quartiers, il y a des associations de quartiers qui ont un grand poids. Là, il faut travailler directement avec les associations, qui peuvent faire des propositions, et même réunir la population (cela arrive). Sinon, c’est nous qui réunissons la population avec les associations. Dans d’autres cas, nous faisons des essais, des expérimentations pendant 2 mois, 3 mois ; nous réunissons ensuite le Comité de quartier pour lui donner les informations et choisir avec lui. C’est donc toujours une démarche où les habitants sont toujours conduits à être davantage acteurs Quand vous habitez quelque part et qu’on parle de votre lieu de proximité, vous avez un savoir que les élus, les techniciens, les gens habitant dans d’autres quartiers n’ont pas forcément.

 

Parlons précisément des associations ! Viennent – elles au Comité de quartier avec leurs compétences spécifiques uniquement limitées à leur domaine ou arrivent-elles à s’ouvrir à toutes les propositions avancées ? Plus généralement, quel est le poids, quelle est l’utilité des associations dans l’ensemble du processus ?

 

Les associations, il faut vérifier qu’elles soient bien représentatives du quartier. Et il y a des gens qui ne souhaitent pas être dans l’associatif. Notre dispositif intègre les associations comme force dynamique. Il y a des quartiers où cela fonctionne très bien. Il n’y a pas tant d’associations de proximité qu’on le pense, sur le culturel, sur l’alphabétisation d’accord, mais sinon, il n’y en pas tant qu’on croit. Notre Conseil de quartier les intègre, on les écoute, on favorise leur travail, mais on s’assure bien que les gens qui ne sont pas membres d’une association vont également pouvoir participer et s’intégrer.

Deuxième observation : Les conseils de quartier ne sont qu’un des éléments de notre dispositif participatif. Nous avons fondé en parallèle un Conseil des Associations, dont l’objectif est de faire en sorte que les associations se présentent en collectif . On s’est aperçu que, dans une ville comme Vandoeuvre, les associations sont l’élément fondamental  de la vie sociale de notre ville. Il y a chez nous environ 150 associations. Elles ne fonctionneraient pas, Vandoeuvre serait une poudrière. Les associations jouent de très grands rôles dans Vandoeuvre. La municipalité a considéré que ce qui était important, c’est le fait associatif en tant que tel. Nous ne favorisons pas une association dans tel ou tel domaine, mais le fait qu’une association existe et que des habitants s’associent pour faire quelque chose. C’est cela le plus important. Les associations nous ont dit qu’il leur fallait faire de la promotion, avoir un site indépendant de la mairie  et un lieu pour se rencontrer. On  travaille donc sur ces points avec elles.  Dernièrement les associations se sont réunies entre elles, nous ont envoyé une lettre collective rappelant nos promesses, et exigeant de la municipalité qu’elle mettre les moyens pour la vie associative. Cela nous a un peu secoués et nous a permis de progresser.

 

Avez-vous d’autres éléments dans votre conception de la démocratie participative ?

 

Pour la démocratie participative, nous avons également une troisième action : les Ateliers thématiques. Il y a de grands thèmes qui intéressent beaucoup la population, sur lesquels les gens veulent être actifs  actuellement, c’est l’écologie urbaine. Nous travaillons sur un écoquartier. Nous avons fondé un atelier d’écologie urbaine. Une fois tous les deux mois, on prépare un thème différent choisi par les habitants. Et nous avons des habitants qui s’investissent . Par exemple, on est en train de rédiger une Charte de l’arbre. Ce sont des habitants qui ont rédigé la Charte de l’arbre et on est en train de la valider juridiquement au niveau de la mairie.

 

Nous avons un Atelier Cœur de ville. On est en train de rénover tout le cœur  de ville de Vandoeuvre. Dans le cadre de la concertation légale, nous avons réuni tous les habitants de la ville ainsi que les Comités de quartiers. Nous avons dit : nous vous proposons un atelier pour travailler le projet. C’est hors concertation légale. Nous avons  eu 60 personnes volontaires pour dire « cela nous intéresse ». On fait cela avec un urbaniste. Et on regarde chaque bout du projet. Et on divise les gens en groupes. On fait 4 ou 5 groupes,  et un groupe va regarder comment apaiser le Boulevard de l’Europe, par exemple. Voilà un autre exemple de démocratie participative. Vous comprendrez qu’il faut y travailler à plein temps !

 

On a un service de démocratie participative et de vie associative. Michel Dinet est notre modèle. Il nous a expliqué comment il avait fait à Vannes le Châtel et les villages environnants sur toutes ces questions de démocratie participative.

 

Avec votre expérience et le recul nécessaire, quelles sont pour vous les difficultés de la démocratie participative, sachant bien que vous et moi sommes d’accord sur son impérieuse nécessité pour compléter et corriger la démocratie représentative, comme l’explique très bien Pierre Rosenvallon  ? Il y a  sans doute toute une mécanique à penser, qui est complexe et dépend des participants. Et il y a encore la question de l’animation des réunions.

 

Nous sommes à Vandoeuvre une liste de rassemblement de gauche, qui va de Lutte ouvrière au Parti socialiste. La première nécessité est de convaincre tous les élus. Cela n’est pas évident, beaucoup d’élus n’y ont pas pensé, certains n’y sont pas préparés, s’approprient leur délégation et considèrent que c’est leur pré carré. Les amener à accepter le principe que la démocratie représentative a ses limites, cela nécessite toute une évolution qui réclame un peu de temps. Moi, je viens du mouvement associatif, et j’y étais donc préparé. Actuellement, notre dispositif repose sur trois ou quatre personnes.

On n’a pas réussi à faire que les élus d’un quartier participent activement au processus. C’est la première limite.

Comme on a du courage et beaucoup de temps à consacrer, on fait avancer le système. Il faut alors faire très attention à la coordination. Au début, vous êtes reçu comme le messie, on trouve que c’est formidable, les gens sont preneurs, mais ils demandent vite des preuves. Donc, il faut avoir une force suffisante pour leur montrer qu’ avec la démocratie participative, lorsqu’ils demandent des choses dans une approche collective, ils sont gagnants. Dans une rue, soit vous mettez 50 miroirs et des obstacles toujours devant chez le voisin, évidemment, soit vous pensez tout un quartier en « zone 30 », on évite les miroirs, on économise de l’argent et cela vous évite de mettre 50 gendarmes couchés ! C’est une vision différente et il faut qu’un collectif se l’approprie. Les Conseils de quartiers n’existaient plus à Vandoeuvre depuis longtemps. On les a reconstruits, on est reparti de zéro.

 

La deuxième difficulté, c’est de faire en sorte que les gens passent de la situation « c’est bien, je suis maintenant en démocratie participative » à « je maîtrise le système, je me l’approprie, je deviens moi-même acteur de mon Comité et je dis aux élus que nous prenons nos responsabilités, nous travaillons sur des projets ». C’est le moment où les gens s’emparent du dispositif. Pour le moment, c’est encore : les élus qui animent, qui fixent les dates, etc. Certains quartiers sont plus avancés que d’autres et commencent à être pleinement participatifs. Et c’est à nous, élus, d’accepter de perdre une partie de notre pouvoir pour se dire que l’important, ce n’est pas d’avoir fait une « zone 30 », c’est qu’un grand nombre de gens soient descendus dans la rue, se soient parlés et aient réfléchi ensemble.

  

On apprend en faisant. On sait qu’on ne réussira pas tout. Mais pour le moment, les résultats vont au-delà de nos espérances. Les gens nous font de plus en plus confiance.

 

Rappelez-moi : vous êtes en place depuis combien de temps ? Quand avez-vous démarré l’expérience ?

 

On est élu maintenant depuis un an et demi. On a voulu commencer dès le départ, le plus vite possible. Au départ, les élus faisaient tout, le rôle de technicien, d’inventeur, d’élu. Je ne voulais pas qu’on embauche des techniciens de démocratie participative sans avoir montré qu’il y avait besoin de ces techniciens.

Le nombre de réunions ? il y a au total de 20 à 30 ateliers qui fonctionnent actuellement. Chaque élu prend dans un quartier un atelier en fonction de ses compétences. Je dirais : on a fait une cinquantaine de réunions en un an et demi. Il faut faire en sorte que les ateliers puissent se réunir à terme sans élus. On cherche aussi à éviter l’appropriation par des « chefs de quartiers » en quelque sorte. On essaie de travailler le plus possible collectivement. On ne met pas d’un côté les élus, et en face la population, comme à l’école. On se mélange et on met les tables en rond. Cela commence d’abord par là !

 

                                                                                                                         
 
Manu Donati et Noël Nel

 

 

 

 

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